Rebecca Kean – Tome 4.5 Ancestral

Par Cassandra O’Donnell

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–Cesse de remuer et éteins cette lumière! Tu m’empêches de dormir! râla William en se tournant dans le lit à côté du mien.
–Tu n’avais qu’à prendre deux chambres! Je déteste ça!
Il ouvrit les yeux et posa son regard noir sur moi.
–Quoi? Dormir à coté de moi ou ne pas pouvoir sortir en boîte en douce comme tu comptais le faire?
Là il avait tout faux. J’avais simplement chaud et je n’aimais pas ressentir tous ses picotements au creux de mon abdomen à chaque fois qu’il se baladait torse nu ou qu’il m’observait. D’ailleurs est-ce que c’était normal? Je veux dire, est-ce que toutes les filles ressentaient ces choses là? Parce que si c’était le cas, je ne comprenais vraiment pas ce qu’il y avait d’agréable à ça.
–J’avais envie de danser dans la discothèque de l’hôtel, ce n’est pas un crime! protestai-je.
–A douze ans, les petites filles jouent à la poupée, elles ne trémoussent pas sur les pistes de danse, me réprimanda-t-il sèchement.
–Ah oui? Tu trouves vraiment que je ressemble à une fillette de douze ans, toi? fis-je en me redressant sur mon lit et en passant mes mains sur la petite nuisette transparente que j’avais piquée dans les tiroirs de maman.
Il s’étrangla brusquement.
–Mais…qu’as-tu fait de ta robe de chambre? Tu avais bien une robe de chambre, non!!!!?
Je haussai les épaules.
–Non mais tu rêves? On est à Rio, il fait 45 degrés et tu voudrais que je dorme en robe de chambre? T’es pas un peu malade?
–Tu es un vampire, non? Où est le problème?
–Le problème c’est que je ne suis pas morte, espèce d’idiot!!!!
–Ça, ça peut s’arranger!
–Je te déteste! Si tu savais ce que je te déteste!!!
Il haussa les sourcils d’un air condescendant.
–Et?
–Quoi « et »?
–Que veux-tu que ça me fasse? Tu crois que ça me plait à moi, de jouer les baby-sitters pour une gamine mal embouchée alors que mon grand père et mon clan sont en danger?
Je pinçai les lèvres.
–Tu n’étais pas obligé d’accepter!
Il me jeta un regard méprisant.
–Ah non?
–Non. D’ailleurs, rien ne te force à rester. Je parais bien plus que mon age et je suis de taille à me débrouiller.
–Tu me suggères de te laisser toute seule?
–Toute seule? Pourquoi toute seule? Je suis quelqu’un de sociable moi, je ne me transforme pas en animal et je ne bouffe pas les gens!!!
–Non, toi, tu les vides de leur sang!
J’ouvris la bouche, la refermai et l’ouvris à nouveau.
–Une fois! Ça m’est arrivé une fois! Il n’y a vraiment pas de quoi en faire un fromage!
Il s’esclaffa.
–Si ça c’est pas de la mauvaise foi.
Je levai les yeux au ciel.
–Oh et puis laisse tomber. Ça fait plus de douze heures maintenant qu’on a quitté Montréal, on aurait dû avoir des nouvelles, non? Pourquoi est-ce qu’on ne les appellerait pas?
Il secoua la tête.
–Tu as entendu ce que Bruce a dit? Aucun contact.
Bruce nous avait donné un téléphone prépayé utilisable à l’étranger. Il était sensé nous appeler dès la fin de la bataille pour nous dire quand rentrer mais il ne nous avait toujours pas donné de nouvelles et je commençais sérieusement à m’inquiéter.
–Mais….
–Il n’y a pas de « mais » Leo. Nous avons aucune idée de la manière dont cette bataille s’est déroulée alors on va attendre gentiment qu’il nous contacte.
–Fais ce que tu veux, moi je ne peux pas, grondai-je en projetant mon pouvoir vers Raphael.
« mon sang appelle ton sang, l’enfant son père et l’infante son maître » murmurai-je doucement.
La magie de mort satura un instant la pièce puis je sentis de nouveau le pouvoir de Raphael bouillir dans mes veines et un écho lointain me répondre doucement.
–Leo? Leo qu’est-ce que tu fais?
J’entendais le son de sa voix mais j’étais incapable d’y répondre. Le pouvoir m’enveloppait comme un duvet épais et me rapprochait de la source, de mon maître.
–Leo?
Je fermai les yeux et plongeai doucement dans son aura.
–Tu vas me répondre oui? Qu’est-ce que tu es en train de faire?
L’image de Raphael s’imposa dans ma tête. Il était avec maman…il souffrait mais tout danger était écarté.
–Leo!!!!
Je sentis ses bras me secouer. Le pouvoir qui embrumait encore mon esprit se dissipa aussitôt.
Quand je rouvrais les yeux, je croisais le regard de William qui me dévisageait d’un air inquiet.
–Tout va bien, Raphael est avec ma mère.
–Comment peux-tu le savoir?
–Combien de fois faudra-t-il que je te répète que je suis son infante?
–Je suis un loup, Leo, tu crois vraiment que je comprends ce que ça signifie? De toute façon, il est impossible qu’il puisse te parler et communiquer avec toi à cette distance.
–Qu’est-ce que tu en sais? Tu ne viens pas de dire que tu n’y connaissais rien?
–Si mais…merde il ne peut pas exercer son pouvoir sur toi avec les milliers de kilomètres qui vous séparent!
–Non mais je reste parfois capable de le voir ou de capter ses émotions surtout quand elles sont aussi fortes qu’aujourd’hui.
Le regard de Will se fit insistant.
–Et lorsque vous êtes proches? Tu es contrainte de lui obéir?
–Oui. Il peut pénétrer mon esprit et moi le sien.
–Tu peux lire les pensées de Raphael?demanda-t-il, surpris.
–Ça arrive…mais pas très souvent. Je perçois plus facilement ses ressentis. Mais la plupart du temps, il érige une barrière psychique entre nous.
En réalité, je préférais qu’il se protège. Être la seule à savoir qui il était réellement, ce qu’il voulait, de quel pouvoir il disposait et ne pas pouvoir le dire à ma mère me rendait malade. Mais je n’avais pas le choix. Pas tant que mon « maître » ne m’y autoriserait pas. Transgresser un ordre direct de Raphael pouvait me coûter la vie et je n’avais aucun désir de sentir la magie du sang me dévorer les entrailles et m’enflammer toute entière.
–Donc, il ne te laisse voir que ce qui l’arrange?
–Oui et non.
Il me fixa d’un air soupçonneux.
–Pourquoi te montres-tu si évasive?
–Et toi, pourquoi te montres-tu si curieux?
Il haussa les épaules.
–Grand-père n’a pas confiance en lui. Il dit qu’il n’est pas ce qu’il prétend être.
Je grimaçai.
–Désolée, mais toute ma loyauté lui est acquise, il faudra te trouver une autre espionne ou une autre source de renseignement.
Il se rembrunit.
–Je vois.
–Tu devrais appeler pour prendre des nouvelles de ton grand-père et de ton clan. Maman va bien mais je ne peux pas te garantir que ce soit le cas pour tout le monde, lui conseillai-je.
–Tu es bien certaine que tout est terminé?
–Certaine, oui.
Il prit le téléphone portable et composa un numéro que je soupçonnais fortement être celui de sa grand mère.
Elle répondit presque aussitôt et ils échangèrent quelques mots.
–Alors? le questionnai-je d’un ton impatient dès qu’il eut raccroché.
–Grand-père va bien, ainsi que Bruce et les autres chefs de clans mais il y a eu de nombreux morts.
Je déglutis.
–Beth?
–Non.
Je sentis le poids que j’avais sur les épaules disparaitre brusquement. Merci mon Dieu.
–Grand-mère nous a demandé de rester ici encore deux jours, le temps qu’ils sécurisent le territoire.
–Deux jours? Mais qu’est-ce qu’on va faire?
–Je ne sais pas pour toi mais moi je compte bien m’amuser un peu.

Le soleil était en train de descendre dans le ciel. Il devait être environ 17 heures, j’allais pouvoir sortir. De la fenêtre, je pouvais voir la piscine de l’hôtel et la plage juste un peu plus loin. William était parti afin de…afin de quoi au fait? Je n’en avais aucune idée. Probablement draguer les filles ou s’entrainer à la salle de muscu. Il cherchait ostensiblement à m’éviter. D’un côté, ça me soulageait, de l’autre , je ne pouvais pas m’empêcher de me sentir vexée. De toute manière, j’avais commencé à me venger en faisant une razzia dans la boutique de l’hôtel. Avec elle, pas besoin de carte de crédit, il suffisait de rajouter mes achats sur la note. J’avais donc acheté un petit bikini rouge, un superbe paréo, une robe du soir noire et décolletée dans le dos et deux ravissantes robes « bain de soleil ».
Et tout ça sans culpabiliser une seule seconde. De toute façon, le clan des loups était riche et Bruce m’avait donné près de cinq mille dollars « en cas de problème ». Et avoir emporté seulement deux jeans, deux tee-shirt et deux pull dans un endroit pareil en était un, non? Enfin, bref, j’enfilai rapidement mon bikini, mon paréo, embarquai une serviette et descendis me réfugier sous l’un des nombreux parasols de la plage de l’hôtel.
Autour de moi, l’ambiance était plutôt festive, les jolies filles foisonnaient de partout, les mecs mat et en maillot de bain aussi. Avec ma peau blanche et mes yeux clairs, j’attirais de nombreux regards mais je m’en moquais. J’avais déjà de la chance en tant que vampire de pouvoir sortir en plein jour et de traîner sur une plage, je n’allais pas en plus, faire la fine gueule.
–Ah…olha essa menina, ela é sublime!
Je tournai la tête en direction des rires et des sifflements et tombai sur un groupe de garçons qui me reluquaient. Visiblement la discrétion n’était pas leur fort. Je repérais rapidement l’un d’entre eux, un jeune humain brun avec de beaux yeux âgé de seize ou dix sept ans. Il sentait incroyablement bon. AB+ , j’étais sûre que son groupe sanguin était AB+…Je lui souris avec l’air de dire « qu’est-ce que t’attends? ». Quelques secondes plus tard, il mordait à l’hameçon et avançait vers moi sous les taquineries de ses copains.
–Bonjour, fit-il en Anglais.
–Bonjour.
–Je m’appelle Manuel.
–Et moi, Leonora. Tu parles sans accent, tu n’es pas d’ici?
–Si mon père est Brésilien mais ma mère est américaine.
Il avait une voix agréable et son odeur était sucrée et envoûtante.
Tu es en vacances?
–Si on veut…
–Où sont tes parents?
–Et bien, ma mère et son mec sont surement en train de faire disparaître des cadavres, et mon père doit être en train de saigner un humain quelque part…
Il s’esclaffa.
–Tu es une fille bizarre…mais j’aime bien ton sens de l’humour.
Je lui rendis son sourire.
–Je tiens ça de famille, rétorquai-je d’un ton sarcastique.
–Alors tu voyages seule?
–Malheureusement pas. Non, j’ai un garde du corps qui me pourrit la vie.
–Je vois. Moi aussi j’en ai un. Les kidnappings et la violence sont monnaie courante ici.
–Alors, vous devez bien vous amuser, rétorquai-je en soupirant.
Il écarquilla les yeux.
–Euh…oui…enfin, si on veut…
–Chez moi, il ne se passe jamais rien. Je suis dans une école de filles et ma mère est très stricte. C’est la première fois que je pars sans elle.
–Alors il faut fêter ça! Que dirais-tu d’aller en boîte avec moi et mes amis, ce soir?
–Où ça?
–Au Castillano, c’est de ce côté, tout au bout de la plage. Tu verras, la musique est géniale et on s’amuse bien.
Je réfléchis et grimaçai.
–J’adorerais mais je ne sais pas si je vais pouvoir me débarrasser de mon garde du corps.
Il sourit.
–C’est le beau mec qui nous fixe d’un air méchant, là bas?
Je tournai la tête et aperçus William qui avançait vers nous en compagnie d’une très jolie blonde aux seins visiblement refaits. Comme à son habitude, il était hyper sexy avec son large torse, son visage aux traits réguliers, sa peau hâlée mais ce qui retenait surtout l’attention, c’était la virilité et le charisme qu’il dégageait. Il était « hot », comme disait ma meilleure amie, Maya.
–Oui. Bon, je vais m’arranger. On se dit 11 heures?
Il se releva et hocha la tête.
–11 heures, ça me va…, fit-il avant de s’éloigner.
Un instant plus tard, William débarquait l’air furax.
–Où as-tu trouvé cette tenue?
Je n’étais pas nue mais c’était tout comme à voir son expression.
–Un vieux pervers me l’a offerte en échange de faveurs sexuelles, ironisai-je.
Il attrapa mon bras et me souleva brusquement.
–Pardon?
–Mais non, espèce d’imbécile, je l’ai mise sur ta note. Et arrête de me secouer!
–Leo, tu vas me faire le plaisir d’enfiler un short ou une une robe et vite!
–Et pourquoi pas un passe-montagne tant que tu y es? fis-je d’un ton glacial avant de me tourner vers la blonde qui nous regardait un peu éberluée.
–Bonjour, je suis Leo, dis-je en lui souriant.
–Oh, c’est la petite soeur dont tu me parlais? Et bien enchantée, Leo, moi, je m’appelle Sofia, répondit-elle en Anglais mais avec un fort accent Brésilien.
Je reportai mon attention sur Will.
–Ta petite soeur? fis-je d’un ton railleur.
Il se renfrogna et me lança un regard qui signifiait « fais attention à ce que tu dis »
–Oui. Bon, tu vas te changer maintenant?
Je secouai la tête.
–Non.
–Mais William, pourquoi veux-tu qu’elle se change? Ta soeur est une vraie beauté et ce maillot lui va parfaitement, lui fit remarquer Sofia.
Je souris d’un air triomphant et tournai coquettement sur moi même.
–Oui, moi aussi, je trouve qu’il me va bien.
–Sofia, Leo est trop jeune pour s’exposer de cette façon, claqua-t-il sèchement.
–Mais ce n’est qu’un Bikini et elle est sur la plage, insista-t-elle.
Il ignora sa remarque et me demanda.
–C’était qui ce garçon?
–Quel garçon? demandai-je d’un ton faussement innocent.
–Celui avec qui tu parlais.
–Un vendeur de hot dog, fis-je en m’efforçant de ne pas rire.
–Tu te fous de moi?
Je fronçai les sourcils.
–Tu me fatigues, William, tu me fatigues vraiment. Alors va t’amuser avec Sofia et fiche moi la paix, d’accord? lâchai-je avant de m’allonger sur ma serviette et de l’ignorer totalement.
–Très bien, dans ce cas, je reste avec toi et je ne bouge pas d’ici.
–Non mais c’est quoi ton problème? Tu sais, tu devrais te méfier, je vais finir par croire que tu es jaloux!
Il s’esclaffa et répondit d’un ton arrogant.
–D’une petite fille?
Aie…ça, ça faisait mal…
–Alors pourquoi est-ce que tu ne me laisses pas vivre, un peu, pour changer?
–Parce que tu te trouves sous ma responsabilité. Une fois que ce ne sera plus le cas, je ne me sentirai plus concerné et tu pourras faire tout ce que tu voudras.
–Je vois, fis-je en me relevant et en secouant ma serviette de plage. Amuse toi bien, je rentre à l’hôtel.
–Leo? fit-il tandis que je m’éloignais.
–Quoi? demandai-je sans me retourner.
–Je t’interdis de bouger de la chambre.
–Sans blague?
–Et si tu décides de t’en aller, je te retrouverai et je te collerai une belle fessée.

William avait tenu à ce que nous dînions tous les deux dans la chambre mais je savais qu’il ne laisserait jamais passer une occasion comme Sofia et qu’il n’allait pas tarder à la rejoindre. Tous les jeunes loups étaient dotés d’une libido exacerbée et tout particulièrement les alphas. Résister à l’attrait d’une jolie Brésilienne n’était pas dans leurs cordes et je comptais sur cette faiblesse pathologique pour parvenir à m’échapper.
–Je vais devoir sortir pour aller te chercher une poche de sang au dépôt. Tu m’attendras sagement ici, c’est d’accord? ordonna-t-il d’un ton qui ne souffrait pas de discussion.
Depuis la fin de la guerre, avaient été installées dans toutes les villes du monde, des sortes d’entrepôt où venaient s’approvisionner les vampires. D’habitude, c’était maman qui me ravitaillait mais vu les circonstances, Will n’avait pas d’autre choix que de s’en charger.
–D’accord. Mais je te signale que nous n’avons pas fait de demande officielle pour séjourner ici. Tu es certain que ça ne posera de problème?
–Non. Pas avec un bon bakchich.
–Je pourrais peut-être pour une fois faire une exception et m’approvisionner directement chez l’habitant? proposai-je en souriant.
Il me lança un regard noir.
–C’est hors de question.
–Décidément, tu n’es pas drôle.
–Non.
Je soupirai et m’essuyai les lèvres.
–Très bien. Dans ce cas, je vais mater la télé et nous louer un film porno, plaisantai-je.
–Leo!
–Et merde! A t’entendre, on ne dirait vraiment pas que tu as vingt ans! T’es chiant!
–Ah? Parce que ta mère a plus d’humour, peut-être?
–Oh oui! Avec maman je ris, je m’amuse, je regarde des séries amusantes à la télé, je joue aux jeux de sociétés et je bouffe des glaces.
Il écarquilla les yeux d’un air surpris.
–On parle bien de ta mère, là?
Je haussai les épaules.
–Qu’est-ce que tu t’imagines? Qu’elle est seulement une tueuse froide et sans coeur?
Il me jeta un regard gêné.
–Non, non, mais je ne l’imaginais pas non plus…enfin…c’est un Assayim et une Vikaris…je t’avoue que je n’ai jamais songé à elle de cette façon.
–Et bien tu as tort. Elle adore rire, manger, plaisanter, sortir avec Beth…
Il sourit.
–Ok, ok, mettons que je n’ai rien dit, d’accord?
–D’accord, fis-je en prenant la télécommande.
Je zappai et tombai sur Grimm, l’une de mes séries fétiches.
–Chouette, je sens que je vais passer une bonne soirée, fis-je en souriant.
Will me jeta un regard suspicieux mais en voyant que j’ôtais ma robe et me glissais sagement dans mon lit, il sembla se détendre.
–Je ne serai pas long. Tu me raconteras ce que j’aurai manqué?
Je hochai la tête.
–Yep. Essaie de me ramener du AB+, c’est mon groupe sanguin préféré.
Il acquiesça.
–Entendu.
Quelques minutes plus tard, il était parti et je me ruai vers la salle de bain en croisant les doigts pour que la belle Sofia soit assez douée et complaisante pour le retenir un bon bout de temps.

Manuel m’attendait comme prévu devant le « Castillano ». J’avais couru le long de la plage, par chance, ce n’était pas un soir de plaine lune et j’étais bien trop rapide pour que les rares promeneurs puissent m’apercevoir ou distinguer autre chose qu’une ombre.
–Bonsoir Manuel.
Il s’était mis sur trente et un. Une jolie chemise blanche, un pantalon fin, un peu de gel dans ses cheveux et il s’était parfumé. L’odeur n’était pas désagréable mais je préférais de très loin celle, plus cuivrée, de son sang.
–Bonsoir Leonora. Tu es magnifique.
C’était simple mais un joli compliment. Il fallait dire que j’avais mis le paquet. Ma robe m’allait comme un gant et soulignait chacune de mes formes, un peu comme les actrices dans les films des années cinquante. J’avais relevé mes cheveux en chignon et je m’étais même maquillée. Maman me tuerait probablement si elle me voyait attifée comme ça.
–C’est la première fois que je sors le soir, je n’étais pas certaine que…mais bon.
Il sourit timidement.
–Tu veux entrer tout de suite dans le club ou alors te balader un peu?
Je lui rendis son sourire.
–Ben…une promenade au clair de lune, c’est un bon début de soirée je trouve…
Il me tendit gentiment la main et je glissai la mienne dans la sienne. Il n’était pas du tout mon type mais il ne constituait en aucun cas une menace comme William. De toute manière, il fallait bien que je m’entraîne un peu. Je n’intéressais pas ce satané loup et je me sentais tellement godiche à côtés de toutes ces filles qu’ils fréquentaient que je commençais à accumuler les complexes. Et puis, il n’y avait pas un mec à Burlington assez fou pour accepter de sortir avec moi. D’ailleurs, entre maman, Raphael et Bruce, pas un n’y survivrait. C’était donc ma seule chance, ma seule chance de m’amuser avec un jeune humain et de savoir si je parviendrai ou non à me contrôler suffisamment pour ne pas le tuer.
Ben oui…c’était aussi le genre de questions existentielles que je me posais. Je vivais parmi des tueurs et je les adorais mais je n’étais pas comme eux. La vie des humains avait un sens pour moi.
De toute façon, si je parlais de mes scrupules, je savais que Bruce me dirait de ne pas m’inquiéter et que dans le pire des cas, il ferait disparaître les cadavres que je laisserais derrière moi, maman m’engueulerait mais m’assurerait qu’elle flinguerait tous les témoins de mes exactions et Raphael ne verrait pas pour quelle raison son infante chérie ne pourrait pas s’offrir de temps en temps un repas bio.
–Tu sais, il faut que tu sois prudente, ici. Je veux dire, c’est une ville dangereuse, avec moi, tu ne crains rien mais tu dois faire attention.
–Tu veux dire que j’ai eu de la chance de tomber sur toi?
Il hocha la tête.
–Oui, c’est exactement ce que je veux dire.
–Ça va peut-être t’étonner mais je pourrais te retourner le compliment, fis-je d’un ton malicieux.
Il se mit à rire.
–Qu’est-ce que tu as fait de ton garde du corps?
–Il est dans le lit d’une belle Brésilienne.
–Ah…remarque, ça ne m’étonne pas. Tu as vu la façon dont les filles le regardaient tout à l’heure, sur la plage? Franchement, j’aurais bien voulu être à sa place.
Oui, oui…William était canon…il n’y avait pas le moindre doute. Mais ce n’était pas pour ça qu’il m’intéressait. Enfin, pas seulement…
–T’es pas mal, toi aussi dans ton genre, dis-je doucement.
Il s’arrêta de marcher et ses pieds s’enfoncèrent plus profondément dans le sable.
–Tu trouves?
–Oui. Tu as de beaux yeux, une jolie dentition, une belle couleur de peau…
–A t’entendre, on dirait que tu parles d’un cheval, fit-il en repoussant une des mèches qui s’étaient échappées de mon chignon.
–Et bien, si on veut voir les choses froidement, on ne se connait pas toi et moi, alors à part une certaine attirance physique…
–…Leonora, tu es l’une des plus jolies filles que j’ai jamais vues de ma vie et j’habite pourtant au Brésil. Ici les filles se font opérer dès quinze ans, la chirurgie fait des miracles mais toi…toi tu as complètement naturelle et pourtant…
–Et pourtant?
–Je ne sais pas, tu dégages quelque chose de parfait et d’un peu irréel.
Je plongeai mes yeux dans les siens.
–Tu n’es pas bête, je suis contente…
–Pourquoi?
–Parce que je n’aurais pas voulu que le premier garçon que j’aurais laissé m’embrasser soit un idiot.
Ses lèvres s’étendirent en un vrai sourire et il baissa doucement son visage vers le mien.
Je déglutis, tentant d’humidifier ma gorge qui était devenue toute sèche et posai doucement mes lèvres sur les siennes. Son baiser était tendre, sa bouche avait la douceur d’un fruit, ce n’était pas désagréable mais…je n’éprouvais aucune sensation forte. Mon esprit ne s’égarait pas, mes jambes ne flageolaient pas, bref, je ne ressentais qu’une minime, très minime satisfaction. J’allais doucement le repousser lorsque je sentis l’air se charger d’une étrange énergie. Une énergie puissante, bestiale et d’une fureur absolue. Je réprimai un frisson, tournai la tête et aperçus Will qui nous observait.
Ses yeux étaient d’un doré lumineux qui témoignait de la proximité du changement. Dans une ou deux secondes, il abandonnerait toute trace d’humanité et Manuel mourrait.
–Écarte toi, Leo, gronda-t-il d’une voix gutturale.
Je pris une profonde inspiration et m’humectai les lèvres.
–Non…s’il te plaît, William, ne fais pas ça.
Manuel était blanc comme un linge, je pouvais sentir sa peur. Il n’avait beau n’être qu’un humain, il était assez malin pour savoir détecter un véritable danger.
–Écarte toi de lui, Leo.
Je secouai la tête.
–Non. Tout est ma faute, je ne te laisserai pas le tuer, affirmai-je en m’interposant.
Pour la première fois, j’avais vraiment peur de lui. Et je comprenais un peu mieux à présent pour quelle raison maman m’avait dit de me montrer plus respectueuse et de garder mes distances avec Will. Merde! Son pouvoir était phénoménal…
— « Tu ne me laisseras pas? » , ricana-t-il dans un grondement effrayant.
–Écoute, c’est moi qui lui ai donné rendez-vous et moi qui l’ai embrassé. Je ne veux pas vivre avec sa mort sur la conscience. Ne me fais pas ça, s’il te plaît ou je te jure que je ne te le pardonnerai jamais.
–Il est trop tard, Leo, fit-il en s’approchant.
Je m’aperçus que les traits de son visage perdaient de leur netteté et qu’il commençait à muter.
–Non! hurlai-je en me précipitant vers lui pour me jeter dans ses bras.
Il me dévisagea aussitôt d’un air surpris.
–Si tu tiens à moi, ne le fais pas, je t’en supplie, déclarai-je des larmes dans les yeux.
Ben oui…on est une fille ou on ne l’est pas. Je n’étais pas assez puissante pour le battre, loin de là, mais attendrir un loup très protecteur et le culpabiliser, je faisais ça très bien. Enfin, c’était ce que prétendaient Beth et Bruce….
Comme prévu, il parut soudain déstabilisé et interrompit sa mutation pour reporter son attention sur moi.
–Leo…
Je me lovai plus intimement contre lui, laissai mes larmes de crocodile couler sur ma joue et caressai doucement son visage.
–Oui?
Il ravala son pouvoir brusquement et je sentis l’atmosphère tout à coup s’alléger.
–Tu crois que je ne te connais pas assez pour savoir quand tu joues la comédie? demanda-t-il d’une voix presque normale tandis que je regardai du coin de l’oeil Manuel s’évanouir dans la nuit.
Je posai doucement mon visage sur son torse nu.
–Tu n’as même pas eu un moment de doute? demandai-je d’un ton faussement léger.
–Non.
–Alors pourquoi avoir interrompu ta mutation?
–Parce que je ne parvenais pas à en croire mes yeux et mes oreilles…où as-tu appris à faire ça? Ce n’est sûrement pas ta mère…
Je souris.
–Non. Maman a suffisamment puissante pour imposer sa volonté quelle qu’elle soit, elle n’a pas besoin d’utiliser ce genre de subterfuges. Mais je suis une fille, Will, une vraie fille, tu ne vas tout de même pas m’empêcher d’utiliser l’arsenal que mon sexe a mis à ma disposition?
–Hum…tu sais que je crois que je vais te l’infliger tout compte fait, cette fessée!
–Pourquoi? Pour avoir flirté et m’être laissée embrasser? Tu le fais bien, toi!
Il fronça les sourcils.
–Ça n’a rien à voir!
–Et pourquoi? Parce que tu es plus âgé ?
–Et parce que je suis un homme!
–La belle affaire. Nous aussi on a le droit d’aimer ça, non?
Ses traits se durcirent.
–Ah parce qu’en plus tu as aimé?
–Oui,…enfin, sa bouche était douce, son odeur agréable mais je n’ai pas…tu sais ressenti les picotements que j’ai quand…enfin, je veux dire…
Il haussa les sourcils.
–Quels picotements?
Je frottai instinctivement ma main sur mon ventre.
–Tu sais…ceux quand on tremble, que ton coeur est prêt à exploser et qui te donnent chaud…
Il écarquilla les yeux d’un air surpris.
–Leo, c’est du véritable désir dont tu parles et tu es beaucoup trop jeune pour ressentir ce genre de choses.
–Mais pourtant c’est le cas.
Une flamme de colère s’alluma dans ses yeux. Il souleva rageusement mon menton.
–Qui?
–Quoi?
–Je veux savoir son nom, Leo!
Décidément lui et Bruce s’étaient donnés le mot. Mais ce que j’avais confié à Bruce, je ne pouvais pas le dire à William. Non, je préférais mourir que de lui donner le moyen de m’humilier davantage.
–Certainement pas!
Il me souleva, me jeta brutalement sur son épaule et traversa la plage en courant.
–Ça c’est ce que nous allons voir jeune fille.
–Lâche moi espèce de crétin!
–Vos désirs sont des ordres, princesse! fit-il en me balançant dans l’eau froide.
Je me redressai aussitôt sur mes jambes mais ma robe et mes cheveux étaient trempés et sentaient le sel.
–Mais t’es débile ou quoi? Tu sais combien a coûté cette robe?
–C’est moi qui l’ait payée, non? De toute façon, elle est complètement indécente pour une fille de ton age!
–C’est sûr qu’elle irait mieux à ta pétasse!
–Très certainement, oui. Elle, au moins, elle a l’age de la porter!
Cette fois, c’était trop, je me ruai sur lui mais au moment où j’allais le percuter, il me fit une prise étrange et me projeta à nouveau dans l’eau avec une force et une facilité déconcertante.
–Tu ne peux plus me surprendre Leo, et il n’y a pas d’arbre dans la mer, lâcha-t-il d’un ton calme tandis que je le fusillais du regard.
Alors?
–Alors quoi?
–Quel est ce garçon dont tu sembles être tombée amoureuse?
–Je ne vois pas du tout en quoi ça te regarde. Tu n’es pas Bruce, Raphael ou mon père.
Je n’ai pas à répondre à tes questions ou à me plier à tes ordres.
Il croisa les bras et me jeta un regard condescendant.
–Tu sais qu’on peut jouer à ça toute la nuit?
–Fais ce que tu veux, moi, je rentre à l’hôtel, fis-je en avançant vers la plage.
–Il n’en est pas question, gronda-t-il en se ruant sur moi.
Il me tenait le corps entre ses bras et ses jambes et me broyait les muscles comme un étau. Ma tête seule restait libre. Instinctivement, je sortis les crocs avec l’intention évidente de lui arracher la lèvre mais à peine en avais-je manifesté l’intention que ma bouche se posait instinctivement sur la sienne et qu’un feu m’embrasait toute entière.
Il sentait bon, sa peau était chaude, le goût de sa bouche m’enivrait et un frisson étrange et délicieux me parcourait le bas ventre. Le contact de ses mains qui glissaient dans mon dos , sa langue à la fois douce et impérieuse dans ma bouche chassaient toute partie cohérente de mon cerveau et une faim insatiable se mit à grandir en moi.
–Leo! Non! s’écria-t-il soudain en interrompant notre baiser et en me repoussant fermement.
J’ouvris les yeux. Il paraissait contrarié et me dévisageait d’un air furieux.
–Je peux savoir à quoi tu joues? claqua-t-il sèchement.
J’eus soudain envie de hurler « je t’aime espèce d’idiot » mais au lieu de ça, je haussai nonchalamment les épaules d’un air faussement indifférent.
–Une jeune fille ne devrait jamais commencer sa vie sexuelle sur une mauvaise expérience, c’est ce que tante Beth dit toujours. Et comme je t’avais sous la main…
Il me décocha un regard indigné.
–Commencer sa vie sexuelle? A douze ans?
Je soupirai, exaspérée.
–Douze années humaines mais au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, je ne suis pas humaine. Je suis un vampire et les vampires, tout comme les loups, ont une libido des plus exacerbées. Question de nature, je suppose.
Je ne pensais pas ce que je disais. En réalité, je n’avais jamais rien ressenti pour aucun homme avant William et je doutais de pouvoir un jour m’intéresser à un autre que lui. Mais j’en avais assez qu’il me traite comme une enfant, assez qu’il ne me voit pas, assez de son indifférence…
–Retourne à l’hôtel, Leo! ordonna-t-il d’un ton glacial.
–A vos ordres. De toute façon, je m’en fiche, demain je rentre chez moi et nous serons enfin débarrassés l’un de l’autre, répliquai-je d’un ton faussement calme avant de lui tourner le dos et de m’éloigner dans le sable.
–Et merde! l’entendis-je murmurer avant de pousser un hurlement rageur.

Chronique et tome 4.25

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Ancestral – Tome 4 Rebecca Kean
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Ancestral – Tome 4.25 Rebecca Kean

 

Pour commander les livres:
Rebecca Kean, Tome 1 : Traquée
Rebecca Kean, Tome 2 : Pacte de sang
Rebecca Kean, Tome 3 : Potion macabre
Rebecca Kean, Tome 4 : Ancestral
Rebecca Kean, Tome 5 : L’armée des âmes
Rebecca Kean, Tome 6 : Origines

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